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Critiques sur l'oeuvre de Louise D'Aoust:
La densité du réel,
Jules Arbec
Du
Réel au virtuel, Claire Caron
La nature
en gros plan, Paul Gladu
Louise
D'Aoust, par Marcel Colin
REVUE
PARCOURS, Printemps 2003
EXPOSITION LOUISE D'AOUST
GALERIE ARTEVISTA
La
densité du réel
JULES ARBEC
L'oeuvre
d'art comporte toujours une part de mystère, une sorte
de questionnement auquel l'artiste tente de répondre
en fonction de son intention première, celle qui guide
à la fois sa main et son coeur. Depuis plus d'une trentaine
d'années, Louise d'Aoust interroge ainsi les formes et
les couleurs pour les faire émerger à la surface
du visible.
e
dessin a sans doute été pour elle le point de
départ d'une aventure qui se précisera avec la
pratique de l'aquarelle et, surtout du pastel. On ne saurait
trop insister sur l'importance que l'artiste accorde aux médiums
comme tels, et aux possibilités autant qu'aux limites
spécifiques que lui impose chaque méthode de travail,
dont la maîtrise deviendra pour elle une sorte de règle
d'art.
Intégrant
dans sa démarche ces diverses exigences, Louise D'Aoust
élabore un discours dynamique à partir du regard
profond et attentif qu'elle pose sur les êtres et les
choses. Dans cette perspective, l'huile lui permet de donner
à ses images une consistance, une densité du réel
qu'elle favorise dans une saisie que l'on pourrait qualifier
d'«englobante». Pourtant cette précision
du détail qu'elle pratique n'a rien d'académique;
elle correspond plutôt chez elle à un geste libérateur.
La
maîtrise de l'acrylique viendra assouplir son geste, lui
donner une sorte de fluidité qui élargit ses possibilités
expressives. Son propos s'échappe alors peu à
peu des contraintes du figuratif pour s'engager dans le sentier
de l'approximatif, du flou et de l'imaginaire. Louise D'Aoust
pousse en fait son langage à la frontière du figuratif
et de l'abstrait, dans cette zone mitoyenne où chaque
trait, chaque coloris vient enrichir le rendu plastique. En
abordant une certaine abstraction, l'artiste a le loisir d'explorer
plus en profondeur les couleurs et les formes libérées
provisoirement des contraintes de la représentation.
Son langage accuse alors une richesse plastique accue grâce
à la matière onctueuse qu'elle fait chanter au
rythme des couleurs.
Louise
D'Aoust n'en écarte pas pour autant la figuration, un
langage qui, chez elle, n'est pas tant un moyen de transcrire
la vie immédiate qu'une façon d'en faire jaillir
la portée imaginaire et symbolique. C'est dans cette
perspective qu'elle revient à l'huile, un médium
qu'elle utilise en alternance avec l'acrylique afin d'obtenir
la consistance recherchée, la force de ses structures
et la véracité des images.
Un
besoin de dire, de raconter, serait à la source du concept
initial de chacun de ses sujets, qui surgit de nulle part et
s'incarne peu à peu dans les formes et la matière.
C'est d'un dialogue constant et intime avec les couleurs et
les formes, un dialogue soutenu par une gestuelle libre et spontanée,
que naîtront finalement les images. Trois ou quatre lignes
tracées lui servent de point de départ ou, mieux,
d'indicateur. Elles suffisent pour découoper l'espace
pictural en délimitant sa profondeur.
Louise
D'Aoust joue et se joue de la lumière, rythme le flux
et le reflux des couleurs en précisant cette étendue
magique d'où émergeront les personnages à
la fois réels et imaginaires que lui ont inspiré
les célébrations de la Mi-Carême, à
l'Isle-aux-Grues. L'artiste réactualise dans sa peinture
cette tradition où des personnages ancestraux qui s'imposent
par leur prestance et leurs coloris reviennent fêter la
mi-temps du carême. Revêtant un aspect fantomatique,
une sorte d'inconsistance qui les démarque d'un décor
à la fois plus rigoureux et schématique, mais
néanmoins ancré dans la réalité,
ils semblent occuper toute l'étendue de la toile.
Usant
d'un langage tout en contrastes, empreint de sensibilité,
Louise D'Aoust témoigne d'une qualité technique
incontestable qui trahit en même temps une joie de vivre,
un bonheur de créer et de partager qui constituent assurément
la véritable signature de ses oeuvres.
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Du
Réel au virtuel
par
Claire Caron, journaliste et auteure
Dans
une île en fête, des oies blanches traversées
par des faisceaux lumineux...
Avec
sa nouvelle production, Louise D'Aoust prend partie
pour l'intégration des formes figuratives dans
la liberté de l'abstraction. Elle affirme à
grands coups de couleurs qu'à l'aube du troisième
millénaire, l'heure est venue de fusionner plutôt
que de rejeter, de mettre au service de la liberté
et de l'audace toutes les connaissances acquises, d'incorporer
pour aller vers de nouveaux espaces les grands courants
de création qui ont marqué le vingtième
siècle.
C'est
ainsi qu'elle s'est mise, après une longue production
d'oeuvres figuratives, à s'amuser avec les formes
géométriques, sans savoir où celles-ci
l'emmèneraient. Son but premier était
de se laisser porter par les formes avant de leur donner
une raison d'être, avant d'y intégrer des
éléments réalistes.
Une
visite à l'île aux Grues a ensuite servi
de catalyseur et permis de donner un sens, une orientation
à l'ébauche de projet qui la hantait:
les paysages spectaculaires de l'île, ses oies
blanches mais surtout son carnaval ont fourni à
Louise D'Aoust les éléments réalistes
qui donnèrent son envol à toute sa production.
Le
carnaval de l'île, avec ses figures fantomatiques
et masquées, devient le personnage central d'un
conte fugace. Ces protagonistes ne sont pas de simples
participants à une fête populaire, mais
des spectres translucides traversés par de grands
faisceaux lumineux, dans des paysages fantasmagoriques
et hors du temps. Le carnaval, par essence, se passe
hors du temps. Pendant quelques jours de féerie,
l'île se livre à une débauche de
couleurs explosives, enchâssées au coeur
du blanc hiver. La neige, alors, cesse d'être
un symbole de pureté et se prête à
toutes les couleurs du spectre, surtout la nuit, quand
les oies font la fête...
Rien
n'est plus magique qu'une île. Quand cette île
est en carnaval, la magie n'a plus de limites. Les fruits
sont plus beaux et plus juteux, les oies volent avec
plus de grâce, elles n'ont plus de saisons pour
partir et revenir. Et les couleurs étincellent
comme des gemmes, le carnaval leur offre un écrin
qui les fait scintiller comme des joyaux. Jamais verts
ne furent plus verts, jamais les carmins, les magentas,
les écarlates ne s'exprimèrent avec autant
de puissance. Et que dire des bleus? Des bleus profonds,
poétiques, les bleus d'une île de rêve
en plein carnaval, des bleus-défis...
Mais
voilà qu'une toile, une seule, vous fouette.
Sous un voile de poussière blanche, on est happé
par la douleur qu'exprime la forme gisante d'une femme,
abattue par un relevé des cotes de la Bourse.
C'est un symbole puissant qui montre que l'humain peut
se détruire lui-même par la force de ses
propres constructions. Dans cette seule toile, pas d'exubérance
mais l'expression d'une souffrance collective, le rappel
d'un moment tragique. Les couleurs y sont passées,
l'émotion y est tangible. C'est un cri de révolte
de l'artiste, projeté sur la toile après
les événements du 11 septembre 2001.
Ces
oeuvres récentes témoignent d'une grande
maturité et d'une profonde réflexion.
L'artiste clame son besoin d'audace, prouve sa maîtrise
et exprime par-dessus tout son bonheur de peindre.
Baignez-vous dans ses couleurs!
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La
nature en gros plan
par
Paul Gladu critique d'art
Les
humains subissent tous, à divers degrés,
la fascination qu'exercent les fleurs. Les peintres
et les photographes ont tenté, hier et encore,
de capter ce phénomène naturel et éphémère
en le fixant sur toile ou sur papier. L'intention est
de retenir l'art prodigieux avec lequel la nature utilise
les formes et les couleurs pour parvenir à ses
fins. Il en résulte une quantité incroyable
de photos et de tableaux d'une valeur relative. Détachées
de leurs fonctions, les fleurs n'offrent qu'un attrait
gratuit. Celles qu'on voit dans un vase ont non seulement
perdu leurs racines, mais aussi leur raison d'être.
Ce dont jouissent nos yeux n'est alors qu'un pâle
reflet de la réalité...
Ce
préambule m'est inspiré par Louise D'Aoust,
par sa manière de représenter ces fragiles
beautés. Elle ne peint pas que des fleurs, mais
la façon dont elle les incorpore dans ses tableaux
est révélatrice de sa conception de la
peinture.
Avec
cette artiste, les fleurs restent vivantes et forment
des groupes en mouvement comme emportés par quelque
musique. Louise D'Aoust est à la fois sobre en
ce qu'elle exprime et émouvante par son traitement.
Elle maîtrise son pinceau tout en manifestant
son grand amour des fleurs. Sa technique est solide,
sa touche est hardie, son imagination ne s'égare
pas dans les détails mais crée des ensembles
analogues à des ballets d'éléments
décoratifs et homogènes. Dans un des tableaux
où l'on voit une personne (une femme), celle-ci
contemple... des fleurs. Des fleurs bien identifiables
mais expressives et animées, sans rien d'académique.
Les
masses sont équilibrées, les ombres et
les claires concourent à la fête pour le
regard, la technique est moderne sans être facilement
classable, tout dans la peinture de Louise D'Aoust parle
d'enthousiasme et même de passion!
Saint-Lambert,
1994
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Louise
D'Aoust
par Marcel Colin écrivain
Coloriste
fort indépendante, Louise D'Aoust, depuis plus de trente
ans, s'efforce de transposer ses propres émotions en
image. De fait, la peinture est son langage personnel; peu à
peu, elle l'a mise au point. Aussi ses huiles et ses pastels
sont-ils doubles dialogues : échange avec la nature,
échange avec le spectateur. Tout tableau de Louise nous
tient sur le qui-vive, parfois même nous agresse. Que
ce soit par ses paysages, d'authentiques états d'âme
où elle ne cesse d'interroger le visible, que ce soit
par ses nombreuses natures mortes aux couleurs osées,
que ce soit par ses personnages où l'on devine un profond
mariage du rêve et de la réalité, cette
artiste nous incite, toujours et forcément, à
la recherche de l'au-delà des apparences. Chacun de ses
tableaux est rencontre, présence irradiante, sincère
parole sans mot; il nous fait donc partager un instant de la
vie de Louise, l'un de ses émerveillements, un choc de
sa forte émotivité.
Peignant
pour mettre en scène la lumière elle-même,
celle du dehors comme celle du dedans, Louise tend de plus en
plus à la simplicité. De moins en moins de détails;
par contre, s'intensifie le jeu accentué des ombres et
des lumières. Les contrastes appuyés font apparaître
le relief et la vie des scènes interprétées
plutôt que reproduites. Dans cette dramaturgie, car c'en
est une, les pénombres et les gris sont évités.
Les oppositions sont brusques; la main impulsive pose des gestes
de couleurs dont le rythme traduit la passion du mouvement,
en quête incessante d'une pleine vie. Greco répétait
: «la couleur est plus diffficile que le dessin».
Louise D'Aoust relève le défi avec ténacité
et fierté.
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